Un autodidacte a-t-il une quelconque légitimité ?

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Hellharicot
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Un autodidacte a-t-il une quelconque légitimité ?

Messagepar Hellharicot » 28/04/2014 09:55:47

Bonjour !

Je viens de terminer ma première année de licence en Musicologie et de réaliser que mes professeurs étaient tous monstrueux musicalement non pas parce qu'ils avaient fait des études de musicologie mais parce qu'ils avaient accumulé diplômes et prix de conservatoire. Je me suis immédiatement dit que c'était ce qui les rendait crédible...
Or, moi, tout petit être que je suis, je n'ai jamais mis les pieds dans un conservatoire. Je suis autodidacte, et si ça ne m'a pas empêché d'être a priori major de ma promotion, je commence à me dire que quelqu'un qui a appris la musique seul, avec des bouquins parmi lesquels des traités de grands compositeurs, ne peut pas avoir de légitimité. Est-ce le cas ?

J'aimerais bien arranger ou composer pour d'autres, alors j'aimerais vraiment savoir si je dois m'inscrire de ce pas au cours d'écriture du conservatoire de Bordeaux ou si je peux me passer de cette étape pour poursuivre, comme je l'ai commencé, en autodidacte.

Merci d'avance pour votre attention !

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Loik B.
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Messagepar Loik B. » 28/04/2014 10:04:52

Tes questions sont légitimes. :D
Je me les posais aussi... Et ce que je retiens aujourd'hui: il n'y a que les faits qui comptent...tout ce qui intéresse c'est le résultat, ce que tu produits c'est tout.

J'ai un master de musico, j'ai fait le cons. une dizaine d'années, j'ai même un diplôme d'inge son... Et bin tout le monde s'en fiche! et même si c'était pas le cas, je ne ressens pas le besoin d'en faire part aux gens avec qui je bosse.
Là où j'ai pu apprendre le plus, c'est sur le terrain, avec moi même... comme toi!

Alors t'en fais pas ;)
Modifié en dernier par Loik B. le 28/04/2014 10:24:16, modifié 1 fois.

Phil C.
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Messagepar Phil C. » 28/04/2014 10:24:10

Salut,

Je suis 100 % d'accord avec Loik.

Il y a autant de façons de composer qu'il y a de compositeur, seul le résultat compte.

Ne lâche pas ton cursus, c'est tout de même l'occasion d'apprendre plein de choses, mais tu es le seul à pouvoir te donner ta légitimité, aucun diplôme ne composera à ta place.

Bonne continuation. :wink:

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Hellharicot
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Messagepar Hellharicot » 01/05/2014 17:50:54

Merci beaucoup de vos réponses, ça m'enlève déjà un certain poids !
Cependant je ne pensais pas quitter la section de musicologie, juste que je me demandais s'il était indispensable pour moi d'intégrer un conservatoire en parallèle à ces études pour avoir de la légitimité, pas seulement en tant que compositeur, mais musicalement, tout simplement.

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YuHirà
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Messagepar YuHirà » 01/05/2014 18:56:06

Il y a un peu moins de dix ans de cela, j'ai rencontré deux musiciens, dont l'un du CNSMP, qui affirmaient très sérieusement qu'on n'avait pas "le droit" de se considérer comme compositeur si on n'avait pas appris son métier après des études appropriées. Dix ans après, aucun d'entre eux n'a fait carrière dans ce domaine, ni même fini de pièce pourtant entamée.

Mon professeur d'instrument au Conservatoire m'a dit un jour qu'il était préférable que je fasse des études d'écriture, non pas seulement pour mieux écrire (c'est indubitablement ce qui en ressort au final) mais surtout pour pouvoir défendre ma démarche (en clair, qu'un choix soit bien perçu comme un choix et non pas le fruit du hasard ou une erreur), ce qui peut s'avérer utile dans un pays comme le nôtre où les critiques, fréquemment ajustées en fonction du curriculum vitae, sont souvent intransigeantes (notamment dans la musique de concert contemporaine où ne pas avoir fait un conservatoire prestigieux est un énorme frein). Au final, on gagne sur les deux tableaux.

Ce que tu ressens est très proche de ce que l'on a appelé "syndrôme de l'imposteur". Beaucoup de compositeurs, quelque soit leur niveau, le connaissent bien, mais il est vrai que les autodidactes le connaissent encore mieux. Cela te poursuivra sans doute "intérieurement" toute ta vie, mais c'est aussi le signe que tu t'interroges sur tes compétences, ce qui est positif dans la mesure où tu auras tendance à vouloir les améliorer davantage :-)

Donc si tu as l'occasion d'étudier au Conservatoire, et que tu penses en retirer de nouvelles connaissances, ou un autre point de vue sur un domaine que tu connais déjà bien, je ne pense pas qu'il faille hésiter. Si tu as étudié la musicologie, on ne plus dire que tu es "autodidacte", donc ne le fais pas seulement pour la légitimité, fais-le pour toi :wink:

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Messagepar ClarManiac » 02/05/2014 00:09:19

Un petit exemple :
Un de mes amis fut d'abord autodidacte en tant que compositeur, côté jazz mais très arrangé et très écrit. Se voyant tourner en rond, il a voulu intégrer des écoles : jazz studio et CRM de Bruxelles. Ensuite blocage total, avoir ingéré toutes ces règles l'a bloqué car il se disait à chaque fois qu'il écrivait de la m... tellement il y avait de "fautes". Quand il a passé le syndrome de l'imposteur qui se sent coupable, sa musique est devenue, à mon sens meilleure.

Pour moi les techniques d'écriture n'apportent pas l'inspiration elles aident à la construction et à la cohérence d'une démarche, elles peuvent aussi faire gagner du temps. Le tout est de retrouver sa spontanéité quand on les a assimilées.

Batisto
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Messagepar Batisto » 03/05/2014 21:51:51

Merci Damien d'avoir évoqué le syndrôme de l'imposteur. Je n'en avais jamais entendu parlé mais je crois que c'est exactement ce qui me bloque en ce moment :?

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Messagepar Nicolas Signat » 03/05/2014 22:40:42

La meilleure chose à faire, à mon humble avis, est d'utiliser cette culpabilité comme moteur pour continuer à apprendre et à se surpasser en bossant ses faiblesses (l'harmonie par exemple). Faiblesses que l'on fuit parfois pendant des années, tant l'inconfort est grand lorsqu'on les regarde en face !

A l'inverse, connaître ses points forts est aussi très utile pour continuer à bosser sans être complètement bloqué.

Chaque compositeur est différent et c'est ce qu'il faut garder à l'esprit avant tout je crois !

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Messagepar Hellharicot » 12/05/2014 12:09:42

Merci beaucoup de vos réponses, vraiment !

Après mûres réflexions et longues remises en question, je pense en effet souffrir de ce syndrome de l'imposteur que tu décris, YuHirà, même si je l'appellerai plutôt "Syndrome de Mendelssohn" parce que j'ai commencé à éprouver beaucoup de difficultés à composer lorsque je me suis intéressé à la musique savante. Jusqu'à présent, je composais beaucoup de metal, sans trop chercher à comprendre pourquoi j'écrivais telle suite d'accord ou telle ligne mélodique. Lorsque j'ai découvert la musique savante, et lu mes premières analyses d'œuvres, je me suis rendu compte de la complexité, de la beauté, mais aussi de la sobriété dont ces compositeurs reconnus de tous faisaient preuve !
Sur ces deux dernières années, je n'ai écrit que de courtes idées de quelques secondes, cherchant toujours à étendre la complexité au-delà du nécessaire : j'en étais arrivé à un espèce de dodécaphonisme non-sériel sans queue ni tête, qui, s'il avait du sens pour moi alors que je l'écrivais, n'en avaient plus quand je me relisais.

Cette année de musicologie a été très bénéfique pour moi car je me suis ouvert à des tas de choses. Au-delà de mes oreilles, je me suis penché sur des traités musicologiques (Riemann), d'harmonie (Schoenberg), d'orchestration (Rimsky-Korsakoff, Berlioz, P.E. Alexander, Adler) et désormais de contrepoint (Dubois). Je suis allé au contact d'élèves qui étaient au conservatoire, contrairement à moi, et si je me défends bien d'un point de vue théorique (cours d'écriture, d'analyse, d'Histoire de la Musique), je me suis rendu compte que j'ai occulté mes compétence en lecture, car pour l'heure, je ne fais que déchiffrer la musique, et suis incapable de lire une partition d'un trait allegro !
Découvrant plus en détail l'œuvre de Jean Sibelius, j'ai aussi réalisé qu'un de mes principaux problèmes est que je suis trop pressé lorsque je compose, que j'essaie d'être trop direct, que je ne prends pas le temps d'écrire mes phrases et de développer mes idées.

Tant de choses qui me font me sentir minuscule, et quelque part, indigne du statut (officieux) de compositeur. Aujourd'hui, n'ayant rien écrit de concret depuis deux bonnes années, je pense que pour me relancer et me séparer de ce syndrome, je dois admettre que pour être compositeur, encore faudrait-il que je compose. M'imaginer partir à l'aventure ne fait pas de moi un aventurier, alors avoir des idées musicales ne fait plus de moi un compositeur. Pas à l'heure actuelle, du moins.

Alors j'hésite. Dois-je faire une pause pour bien admettre que je ne suis plus un compositeur, mais un ex-compositeur qui doit attendre que l'inspiration lui revienne, ou bien dois-je simplement me forcer à écrire, quitte à ne pas être satisfait, pour en être un à tous prix ? Si je peux entrer au conservatoire en Septembre, alors je tenterais ma chance. Je suis persuadé que ça m'aidera.

Phil C.
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Messagepar Phil C. » 12/05/2014 13:41:17

Si tu attends l'inspiration, ça peut être long, voire très trèèèèèèèèèèèèèèèès long.... avant qu’elle ne vienne pas...

Inutile de te fustiger parce que tu n’es pas Mozart ou Stravinsky ou Shoenberg etc., de toute façon personne ne te le demande.

Plus tu te poseras de questions et moins tu composeras, donc compose.
Modifié en dernier par Phil C. le 21/02/2015 17:36:24, modifié 1 fois.


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