UJO Music

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Vegasound
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UJO Music

Messagepar Vegasound » 01/11/2018 18:24:26

https://ujomusic.com/

Que penser de tout ça ?

Ne serait-ce pas contraire au règlement de la Sacem que de court-circuiter son action (la plateforme rémunère directement les créateurs via blockchain et monnaie virtuelle)

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YuHirà
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Re: UJO Music

Messagepar YuHir√† » 01/11/2018 21:02:58

Tout d'abord, je suis intimement persuadé depuis quelques années que les smart contracts associés à la blockchain représentent assurément l'avenir de notre profession (et de la pratique contractuelle en général d'ailleurs - c'est une révolution inéluctable qui va profondément changer le monde du droit), autant du point de vue du financement (cette technologie permet un financement participatif avec versement de dividendes, ce qui est bcp plus intéressant que le crowdfunding actuel, très lourd à gérer pour ceux qui les mettent en place) que de la gestion des droits d'auteur (la recherche d'ayants droits et la capitalisation des informations font perdre beaucoup de temps aux petits labels et éditeurs, et pénalisent au final les ayants droits).

Comme ces technologies capitalisent l'information et automatisent l'ex√©cution des contrats sans intervention humaine, c'est une r√©ponse parfaite aux enjeux du droit d'auteur dans une √©conomie d√©mat√©rialis√©e o√Ļ les oeuvres sont exploit√©es et exploitables √† une vitesse prodigieuse.

Je pense que ce système répond d'ailleurs beaucoup mieux à ces enjeux cruciaux que la directive récemment votée (qui risque d'amplifier à mon sens le mouvement déjà amorcé en faveur de la musique libre de droit sur Internet, avec les conséquences que cela peut avoir sur la survie du droit d'auteur à terme si ce modèle devient dominant).

Je crois qu'il est important que les auteurs (ou les organismes qui le défendent) s'emparent de cette question et s'intéressent à ce système. On m'a d'ailleurs signalé il y a quelques temps qu'il y avait une tendance très forte des acteurs du marché à cloisonner et rendre propriétaires ces systèmes alors que leur puissance repose a priori beaucoup sur le fait qu'ils soient ouvert et open source.

Enfin, pour te répondre plus précisément sur ta question, je pense que si le répertoire soumis aux smarts contrats et à la blockchain n'est pas déposé à la SACEM (ou tout autre SRPD), il n'y a aucun problème a priori à recourir au smart contrat pour le versement des droits d'auteur et des royautés. La SACEM n'a en effet de mandat que sur les oeuvres de son répertoire.

Si le répertoire est déposé à la SACEM en revanche, je crains en effet que cela soit incompatible si le smart contract est utilisé pour gérer des droits d'auteurs à moins... que ce smart contrat ne prévoit lui-même un versement de ces droits à la SACEM, qui devient l'ayant droit final, ce qui est tout à fait possible!!!! Bien entendu, je ne pense pas qu'il y ait une incompatibilité à recourir à ce système pour gérer les royautés et le financement en crowdfunding.

Vegasound
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Re: UJO Music

Messagepar Vegasound » 06/11/2018 06:39:20

Merci pour cet éclairage !

Véritable révolution ou bulle anecdotique, cela dépendra de comment les systèmes (dont la sacem) s'en emparent... L'avenir nous dira...

Ce serait juste dommage de passer √† c√īt√© si √ßa fonctionne, car d'autres ne se g√™neront pas, et √ßa sera au d√©triment de notre syst√®me actuel d√©j√† fragilis√©.

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Re: UJO Music

Messagepar promain » 06/11/2018 23:25:54

Il me semble que la Sacem est déjà en discussion avec l'ASCAP / BMI / PRS pour créer une blockchain.

Après, je trouve pas que ce soit une revolution absolue, juste une manière -peut être - plus simple d'échanger des infos entre les diverses sociétés d'auteurs sur les oeuvres et aussi lors de l'utilisation de celles-ci pour des musiques sur youtube et cie.. Mais il y a déjà des systèmes en place aussi , qui marchent quand meme pas mal. Le problème n'est pas tant dans l'identification des oeuvres , c'est surtout dans la rémunération de celles-ci qu'il y a un soucis et ça même la blockchain ou que sais-je , n'améliorera pas le fait que Youtube ou Spotify paient une misère à chaque play.

En fait la blockchain, n'est-ce pas tout simplement le nouveau truc marketing à la mode (et à la con) pour se faire un peu de blé facilement en lançant des sites style UJO ? Je pose la question :D
On met un peu ce mot à toutes les sauces en pretextant que c'est une révolution ... moi je pense que c'est une bulle et que l'intérêt est nul...

Se servir de la blockchain pour "rémunerer" des oeuvres , mais quel intérêt ?

Surtout que la pour UJO ils utilisent la cryptomonnaie "Ethereum" pour rémunerer les auteurs.
Alors déjà les cryptomonnaies n'ont aucune utilité pratique c'est à dire que si tu possèdes des ethereum, tu ne peux rien en faire dans la vraie vie. Le bitcoin c'est un peu pareil, sauf que tu peux payer ton café avec des frais de transactions assez énormes vu que c'est pas vraiment fait pour ça ..et en plus écologiquement c'est un désastre.

En plus de ça si les compos de ce site sont payés en Ether , le lendemain il suffit d'un petit krach ( et ça arrive toutes les 2 semaines sur ce marché des monnaies "virtuelles" ) pour que 1 ether = 200 euros alors que la veille 1 ether = 280 .

En bref, vive notre bonne vieille sacem quand meme :D

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Re: UJO Music

Messagepar YuHir√† » 07/11/2018 01:54:59

Véritable révolution ou bulle anecdotique


Je crois que ce n'est ni une bulle ni une révolution. C'est surtout une évolution inéluctable qui est dans la continuité de ce qui commence déjà à se faire sur Internet. En fait, lorsque j'affirmais dans un post précédent que la blockchain ou les smart contrats sont l'avenir de la pratique contractuelle, et sans doute par ricochets de notre profession, la question pour moi n'était pas de savoir si cela allait arriver... Mais de savoir quand :-D

Le monde juridique anticipe déjà cette évolution, qui a en partie déjà commencé.

Pour préciser un peu ce que j'écrivais plus haut, car j'imagine que certains peuvent être perdus, le smart contrat se définit comme un contrat dont l'exécution est assurée automatiquement par un programme informatique sans intervention humaine. Associé à une blockchain, le smart contrat permet également d'archiver toute la vie du contrat et donc de capitaliser automatiquement les informations juridiques de manière décentralisée (la capitalisation des informations contractuelles est un véritable enjeu dans les entreprises, et encore plus dans les entreprises qui exploitent des droits de propriété intellectuelle car c'est un gain de temps considérable)

Les smart contrats sont particulièrement adaptés aux contrats dits "d'adhésion", qui représentent la majorité des nombreux contrats qu'on conclut chaque jour (souvent sans le savoir :-) ): en achetant un produit dans un magasin ou en signant un contrat d'assurance. Un contrat d'adhésion est un contrat dont les termes sont imposés par une partie à l'autre.

Les avantages de ce syst√®me dans notre profession, dont l'√©conomie repose principalement sur des licences d√©livr√©es suite au contrat de cession initial consenti par l'auteur (ou les auteurs), sont √©galement tr√®s nombreux: exploitation num√©rique de l'oeuvre identifiable √† la minute m√™me, r√©mun√©ration automatique des ayants droits √† la minute m√™me, impossibilit√© mat√©rielle de se tromper d'ayant droit ou de titre (plus de saisie manuelle, plus d'intervention humaine), actualisation de toute la cha√ģne de droits √† la moindre sous-cession de catalogue (ce qui √©pargne des recherches souvent fastidieuses sur des catalogues anciens comme les catalogues de jazz), tra√ßabilit√© de la vie du contrat et capitalisation automatique des informations li√©es au titre, absence d'interm√©diaire (ce qui signifie des droits d'auteur beaucoup plus importants puisque ces interm√©diaires ne pr√©l√®vent plus leur part), etc...

Je ne détaille pas mais je pourrais écrire des pages et des pages là dessus.

NB: le recours aux smart contrats et à la blockchain n'impose pas le recours aux cryptomonnaies qui ne sont qu'une application spécifique des ces technologies, bien que la plus connue du grand public (et paradoxalement la plus difficile à imposer).

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Re: UJO Music

Messagepar filmtunes » 08/11/2018 09:19:42

Je suis d'accord avec les propos de Promain. En gros, le blockchain est un outil de gestion, mais comment il va-t-il aider les ayants-droits à faire payer réellement les exploitants?

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Re: UJO Music

Messagepar Vegasound » 08/11/2018 10:27:46

Si j'ai bien compris, si le "smart contract" pr√©voit les termes de la r√©mun√©ration et de l'utilisation de la musique, √† priori l'ayant droit est r√©mun√©r√© instantan√©ment ! mais comme le dit promain, cette r√©mun√©ration est soumise aux fluctuations de la valeur de la crypto-monnaie (l'euro ne subit-il pas lui-m√™me des variations selon le cours du dollar, du p√©tr√īle, de la valeur du lingot d'or et de la g√©opolitique mondiale ???)

Cela dit Yuhira affirme qu'on peut tout à fait se passer de cette monnaie virtuelle, donc la solution semble être tout à fait valable, et révolutionnaire même !

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Re: UJO Music

Messagepar YuHir√† » 08/11/2018 13:46:19

Un smart contrat, ce n'est rien de plus qu'un contrat classique dont les termes sont convertis en un code informatique exécutable. Il est donc tout à fait possible de prévoir l'euro comme monnaie.

Les fluctuations de la cryptomonnaie, c'est un tout autre problème. UJO a certes recours aux cryptomonnaies, mais ce n'est qu'un simple choix de leur part. La volatilité de la cryptomonnaie n'est d'ailleurs pas corrélée à la technologie utilisée, mais à des facteurs conjoncturels et à la spéculation.

En gros, considérer que la volatilité de la cryptomonnaie est un obstacle dans cette évolution, c'est un peu comme si vous remettiez en cause le protocole TCP/IP à la base d'Internet parce que votre audience sur Soundcloud est volatile :D Rien ne vous oblige à utiliser Soundcloud qui n'est qu'une application spécifique d'Internet :-)

En gros, le blockchain est un outil de gestion, mais comment il va-t-il aider les ayants-droits à faire payer réellement les exploitants?


Si le smart contract automatise l'ex√©cution du contrat, il automatise donc n√©cessairement le paiement des ayants droits √† chaque exploitation: l'exploitant ne peut pas s'y opposer. Ce ne sera pas n√©cessairement un paiement direct de l'exploitant √† l'ayant droit dans un premier temps, car plusieurs smart contrats pourront se succ√©der (il vaut peut-√™tre mieux que les SPRD restent dans la cha√ģne pour maintenir l'√©quilibre), mais cela signifie que la cha√ģne sera plus efficiente et plus rapide.

La blockchain avec sa gestion décentralisée permet d'associer de manière définitive un morceau et ses ayants droits (et de prouver très efficacement l'antériorité et donc la paternité d'une oeuvre). Cela diminue de manière drastique les problèmes d'identification qui sont encore très - trop - nombreux, et cela facilite grandement les transferts de contrat. Par exemple, lorsqu'un label change de distributeur digital, il doit convertir tous les fichiers excel comprenant les métadatas de ses sorties au format du nouveau distributeur pour les importer dans le back office de ce dernier. Non seulement c'est très long, mais cela signifie aussi que pendant tout ce temps, l'oeuvre n'est pas exploitée chez le nouveau distributeur. Beaucoup d'informations juridiques sont d'ailleurs potentiellement perdues pendant cette conversion. La blockchain met fin à tout cela, puisque l'extraction des informations sera immédiate. Tout le monde y gagne.

Cela signifie aussi que dans la mesure o√Ļ il ne sera pas n√©cessaire d'avoir un interm√©diaire humain pour faire ces op√©rations, certaines marges seront supprim√©es, ce qui augmente automatiquement la r√©mun√©ration de l'ayant droit. Et √ßa... C'est d√©j√† un sacr√© argument :-)

Je vous conseille la lecture de cet article, qui est peut-être plus explicite et plus clair que moi :-)

https://www.lesechos.fr/16/03/2018/lese ... teur--.htm

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Re: UJO Music

Messagepar filmtunes » 08/11/2018 15:14:57

Je ne sais pas si je me suis bien exprimé. Quand je disais "faire payer réellement" c'était dans un sens tout primaire. J'ai beau avoir un contrat avec quelqu'un, mais que faire s'il ne paie pas et que son serveur est à l'autre bout du monde? Et surtout comment obtenir un contrat qui soit "à la hauteur"? Comme l'écrit Promain:

"Le problème n'est pas tant dans l'identification des oeuvres, c'est surtout dans la rémunération de celles-ci qu'il y a un soucis et ça même la blockchain ou que sais-je, n'améliorera pas le fait que Youtube ou Spotify paient une misère à chaque play."


Concernant l'article des échos il ne mentionne pas du tout ce problème, il fait comme si tous les acteurs d'internet attendaient avec leurs chèques signés, seulement ils ne sauraient pas à qui les adresser... La Sacem parle du Blockchain depuis au moins deux ans et travaille dessus car, évidemment, ça facilite la gestion et répartition. Certainement, on aura un jour des répartitions plus exactes en provenance de l'internet.
Communiqu√© de presse Sacem septembre 2022 : "L'auteur Y se f√©licit√© du nouveau dispositif Blockchain utilis√© par la Sacem ; depuis cette ann√©e il va enfin toucher 1,56‚ā¨ par an pour la diffusion YouTube de son oeuvre, auparavant attribu√©e par erreur √† l'auteur B." :-| ;-)

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Re: UJO Music

Messagepar YuHir√† » 08/11/2018 16:35:23

J'ai beau avoir un contrat avec quelqu'un, mais que faire s'il ne paie pas et que son serveur est à l'autre bout du monde?


S'il ne paie pas parce que le compte n'est pas approvisionné par exemple, le contrat est automatiquement rendu caduc par le logiciel puisque l'obligation du licencié n'a pas été remplie. Auparavant, il fallait qu'un humain rémunéré soit au courant de l'exploitation, qu'il identifie le non paiement de l'exploitation et procède à une mise en demeure non seulement pour récupérer l'argent mais faire cesser le trouble (ce qui se faisait dans un certain laps de temps). Avec un smart contract, non seulement le concédant est au courant immédiatement, mais le smart contrat peut envoyer automatiquement une mise en demeure. Les exploitations ultérieures peuvent être quant à elles bloquées automatiquement. La blockchain facilite d'ailleurs drastiquement la preuve puisqu'elle est inaltérable :-)

il fait comme si tous les acteurs d'internet attendaient avec leurs chèques signés, seulement ils ne sauraient pas à qui les adresser...


Un smart contract rend totalement impossible le fait qu'ils ne sachent pas √† qui s'adresser. C'est le code qui s'occupe de cela. Si l'ayant droit change, si son adresse change, si son compte change, le licenci√© n'a pas besoin de conna√ģtre l'information, c'est le code informatique qui redirige suite √† une actualisation de ses informations par le conc√©dant. Quant aux ch√®ques, ils auront disparu d'ici l√† :D


Alors bien entendu, ce n'est pas une solution parfaite (les smart contrats posent d'autres soucis: confidentialité, erreur de code, etc...) mais cela reste une évolution majeure qui améliore considérablement la situation en résolvant beaucoup des problèmes que nous rencontrons. C'est donc une réponse efficace aux enjeux actuels dans l'économie numérique, et c'est la meilleure dont on dispose actuellement.

La question du montant de la rémunération dans l'absolu est une question à part que les smart contrats ne résolvent pas et ne pourront jamais résoudre (au risque de me répéter, ils font néanmoins augmenter la part attribuée à l'auteur parce que certains intermédiaires disparaissent de l'équation, ce qui n'est absolument pas négligeable), pas plus que les contrats classiques ne peuvent le faire. Cette technologie ne supprime pas le rapport de force entre le licencié et le concédant, un contrat reste un contrat... Mais les smart contrats permettent de garantir que le contrat sera respecté pleinement, ce qui est loin d'être le cas actuellement.

On a donc bien plus à perdre en restant aux contrats classiques qu'en acceptant l'évolution offerte par les smart contracts.


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