Steinway : Ă  la recherche du son tel le Graal

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deb76
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Steinway : Ă  la recherche du son tel le Graal

Messagepar deb76 » 23/06/2016 00:25:39

Pianomania, c'est un documentaire de 92 min d'Arte qui est encore accessible jusqu'au 26 juin prochain et que les pianistes et amoureux du piano prendront vraisemblablement plaisir à découvrir. Le documentaire nous plonge dans le travail de Stefan Knüpfer en tant qu'accordeur de pianos à Vienne et ses rencontres avec les plus grands pianistes. Outre quelques extraits avec Lang Lang et Alfred Brendel, le documentaire nous emmène principalement au coeur de la collaboration entre l'ancien soliste de Pierre Boulez, Pierre-Laurent Aimard et Stefan Knüpfer. P-L. Aimard doit enregistrer l'art de la fugue de Bach et a de très sérieuses exigences au niveau des sonorités qu'il entend obtenir et utiliser pour ces enregistrements. Dont un son se rapprochant du piano forte, voire de l'épinette, et un autre de l'orgue. Tout le travail de l'accordeur sera d'utiliser son savoir-faire, ses connaissances pour arriver à ce que Pierre-Laurent Aimard lui déclarera après un an de préparation "j'ai toujours rêvé d'un son comme ça". Le documentaire montre, et sans être intrusif, tout ce travail de recherche sonore, tout ce dialogue entre le soliste et l'artiste de l'accordage - à ce niveau là, c'est de l'art, et le Steinway. Et surtout, ça montre aussi que ces grands pianos sont aussi très vivants :
http://www.arte.tv/guide/fr/043061-000-A/pianomania

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Re: Steinway : Ă  la recherche du son tel le Graal

Messagepar Akcel » 23/06/2016 10:38:01

Salut deb,

Je n'ai pas regardé le documentaire mais de ce que tu résumes, ça me semble curieux. Il n'y a pas à ma connaissance 50 façons d'accorder un piano. J'ai du mal avec le fait qu'on veuille accorder un piano pour qu'il sonne comme...

Si on souhaite un son d'orgue ou d'un autre clavier, il suffit de jouer sur l'instrument du mĂŞme nom et c'est encore plus vrai si c'est pour jouer du Bach. Je crois que ce Pierre-Laurent (je n'ai rien contre lui) devrait un peu "redescendre". L'accordeur connait son boulot mieux que le pianiste.

RĂ©action Ă  chaud hein...

PS : S'il vous plaît, n'employez plus le terme "accordage" merci :)

deb76
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Re: Steinway : Ă  la recherche du son tel le Graal

Messagepar deb76 » 23/06/2016 11:33:00

Salut Akcel,
Peut-être qu'avant de suggérer "Il n'y a pas à ma connaissance 50 façons d'accorder un piano", il serait intéressant que tu regardes le documentaire en question, et peut-être changerais-tu d'avis ? L'accordeur n'est pas le premier venu - c'est un artiste à part entière - et déjà, on prend conscience, car il recherche le piano le plus adapté à ce que souhaite Pierre-Laurent Aimard, chez Steinway, que chacun des pianos numérotés - ce que je ne savais pas, d'ailleurs - a sa propre identité, perceptible immédiatement mais aussi sous-jacente. Ce que l'accordeur, Stefan Knüpfer, va s'attacher à lui faire dévoiler. Et c'est à petite touches, en équilibrantes les notes via les cordes, les tentions, en effectuant une très légère variation sur une corde. Et au fur et à mesure, le timbre du piano évolue par rapport à ce que recherche l'ancien soliste de Pierre Boulez. Et qui n'est pas un manchot, on peut s'en rendre compte.
Bien entendu, il n'est pas question de transformer le Steinway en piano forte, en clavecin ou en orgue. Non, c'est juste lui donner en ajustant sa sonorité des couleurs. Pierre-Laurent Aimard a sa vision de l'Art de la fugue de Bach. A chacune des pièces, il souhaite obtenir des couleurs différentes et pour ça il s'adresse à Stefan Knüpfer. Et ce dernier est obligé de plonger au plus profond de ses connaissances, voire de les approfondir pour répondre à ces exigences. Et on assiste à un dialogue permanent, et pour ma part, un dialogue que je trouve absolument passionnant car on sent très pleinement le son du Steinway évoluer au fil des modifications (limage très fin sur les marteaux, tension, intervention sur la table d'harmonie, etc.).
"Je crois que ce Pierre-Laurent (je n'ai rien contre lui) devrait un peu "redescendre". L'accordeur connait son boulot mieux que le pianiste."
Je te laisse à ton jugement concernant le "devrait un peu "redescendre". Mais si tu avais regardé le documentaire, tu aurais entendu Stefan Knüpfer déclarer que Pierre-Laurent Aimard faisait partie de ces pianistes qui connaissent tellement bien le piano que dès qu'il commence à jouer sur l'un d'entre eux qui a fait l'objet d'une intervention, il le ressent tout de suite et surtout qu'il sait qu'elle a été l'intervention. Et surtout, tu te serais rendu compte de l'immense respect qu'il y a entre ces deux artistes.
Enfin, je ne me considère pas comme un pianiste - je suis guitariste - mais j'apprends cet instrument qui commence à me donner beaucoup de plaisir, notamment au niveau de l'improvisation blues et jazzy. Et du coup, tout ce qui touche au piano m'intéresse de plus en plus. Et je n'ai pas pu décrocher de ce documentaire diffusé à une heure très tardive, dans le milieu de la nuit, tant je l'ai trouvé passionnant. Au point, de le redécouvrir tranquillement en replay sur Arte. Et je me suis dit que c'était le genre d'information sur une émission musicale qu'il fallait partager sur un site visité par un grand nombre de musiciens et compositeurs.

PS : j'attends avec impatience la sortie de l'album enregistré par Pierre-Laurent Aimard. Je suis très curieux d'entendre le résultat dans sa totalité, avec les différentes couleurs du Steinway.

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Re: Steinway : Ă  la recherche du son tel le Graal

Messagepar YuHirĂ  » 23/06/2016 12:37:45

J'avais vu ce docu il y a longtemps et effectivement, il est très intéressant, voire inspirant!

Pour répondre à Akcel, un piano peut effectivement être accordé de différentes manières, et cela change beaucoup de choses. C'est un peu compliqué à expliquer, je ne suis pas un spécialiste mais par exemple en plus d'accorder selon un diapason fixé (généralement en 442 aujourd'hui) l'accordeur peut modifier légèrement le tempérament en réajustant les octaves ou les quintes à convenance (on les élargit ou on les rétrécit), ce qui change la sonorité globale.

Avant une session d'enregistrement, on fait souvent venir un accordeur (c'est une somme à prévoir en plus dans le budget). Dans le studio où j'enregistre plusieurs fois par an depuis de nombreuses années, on a pris beaucoup de temps avant de trouver le bon (Pascal Aubin en l'occurence), celui qui comprenait le piano et qui accordait en fonction du son que je souhaitais. Je peux t'assurer que cela a été le jour et la nuit: les prises étaient beaucoup plus faciles à mixer ensuite.

J'ai en tête un autre exemple permettant de montrer que la marge existe et qu'il faut parfois savoir légèrement modifier le tempérament pour que quelque chose sonne. Il y a an, j'ai écrit une musique pour un quatuor composé de deux tubas, d'un euphonium et d'un bugle. Le principal défi de cette formation, c'est que les possibilités contrapuntiques sont plus limitées entre deux tubas. En effet, en dessous d'une certaine limite, qu'on appelle Low Interval Limit et qui diffère selon la nature de l'accord, un accord donné sonne particulièrement mal (il devient quasiment dissonant - et même l'accord de quinte est affecté :-D ). Il existe d'ailleurs une charte donnant les low interval limits pour chaque accord :)

Vu le peu de marge de manoeuvre qu'il y a avec une formation comme celle que je viens de citer, il faut parfois accepter qu'on puisse passer temporairement par un accord par exemple qui ne sonnera pas avec toute la clarté que l'on souhaiterait parce que le chemin mélodique et contrapuntique l'exige.

Pourtant ce type d'accord que j'avais concédé et qui ne sonnait pas pleinement sur ordinateur (il sonnait "muddy" comme disent les anglo-saxons) sonnait pourtant très bien à l'enregistrement, tout simplement parce que les instrumentistes (Tub' à l'image pour ne pas les citer) avaient pu instinctivement modifier d'un ou deux commas l'accord pour qu'il sonne avec plus de plénitude.

Cet exemple prouve bien à mon avis que modifier l'accord d'un piano en fonction de la musique à interpréter a un sens! :-)

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Re: Steinway : Ă  la recherche du son tel le Graal

Messagepar deb76 » 23/06/2016 13:23:22

Très intéressante ta réponse/participation Yuhirà au sujet. Et ce d'autant plus que tu fais appel à ton vécu. Et puis, du coup, j'ai appris une chose concernant la charte sur le Low Interval Limit. Et après avoir vu le documentaire, ton explication portant sur la modification "instinctive" d'un ou deux commas sur l'accord me semble plus compréhensible, plus évocatrice. Je veux dire par là, que ton explication sur la modification très très légère du tempérament rejoint ce que fait très concrètement Stefan Knüpfer sur le Steinway, et qu'on en entend aussi le résultat. Ce n'est plus de l'abstrait, c'est du concret avec des exemples à l'appui durant tout le documentaire.

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Re: Steinway : Ă  la recherche du son tel le Graal

Messagepar Didas_94 » 23/06/2016 14:41:54

Très beau reportage, qui rejoint celui que j'ai vu sur un bucheron de 70 ans dont on apprend que les arbres sélectionnés et coupés avec amour sont pour des tables d'harmonie de violon.

Ces type règlesdes formules de tout petit coup de clé, de feutrine pour toucher l'excellence.

Pour nos oreilles à nous commun des mortels cela ne signifie probablement pas grand chose, mais pour ceux qui ont la chance de percevoir les nuances, cela doit être un régal.

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Re: Steinway : Ă  la recherche du son tel le Graal

Messagepar YuHirĂ  » 18/06/2017 15:43:05

Bonjour Ă  tous!

Je ressors ce sujet afin d'abonder dans le sens de ma réflexion ci-dessus :-)

Lors d'une séance de travail, un ami compositeur - Maxime Aulio pour ne pas le citer - m'a expliqué qu'aux Etats-Unis, les orchestres travaillent la justesse bien en amont, de manière contextuelle et collective, plutôt que de façon individuelle et absolue, contrairement aux orchestres Français. Ainsi un accord aux cuivres sonnera plus juste dès l'attaque parce que chaque instrumentiste saura à quel accord il participe et modifiera le tempérament de la note en conséquence. C'était conforme à mes intuitions jusqu'ici mais ce qui m'a le plus étonné, c'est qu'il existe une charte des corrections à apporter en fonction de la nature des accords, charte que j'ai eu la chance de récupérer.

Pour une fois que j'avais des valeurs numériques précises à disposition, je me suis dit qu'il fallait quand même que je teste concrètement la chose afin de vérifier si la différence est si importante que cela.

J'ai donc généré sur un synthétiseur trois ondes sinusoidales pures (afin de ne pas biaiser l'expérience) sur un accord de do majeur (milieu de clef de fa), lune première fois en tempérament égal, une seconde fois au tempérament corrigé (+14 sur la tierce majeure, +2 sur la quinte). Cela donne la chose suivante.

https://we.tl/zwlGJGuDKd (ce ne sera disponible que pendant une semaine)

A noter que si l'accord Ă©tait un mineur, il faudrait non pas mettre +14 mais -16 sur la tierce.

A ma grande surprise, la différence est très audible. Sur l'accord au tempérament égal, il y a un léger battement de fréquences qu'il n'y a plus du tout sur l'accord au tempérament corrigé: l'accord est beaucoup plus pur.

Non seulement la démarche de Pierre-Laurent Aimard acquiert de ce fait toute sa légitimité, mais elle semblerait presque insuffisante, le piano ne permettant pas de faire une correction en fonction de l'accord joué sur le moment.

Je n'ose imaginer les bienfaits que cette technique pourrait avoir sur la musique Ă©lectronique.


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